Axelle
D’un signe de tête, j’appelais Camia à mes côtés les autres comprirent aussitôt et nous firent un même sourir nous encourageant.
Camia et moi entamâmes un petit périple jusqu’à la grotte feroce. Arrivées là-bas nous fûmes déstabilisées : il y avait bien sûr, la famille royale du Blanc mais aussi la famille royale de Noir. Les deux familles s’étaient chacune délimitées une moitié de grotte, ridicule ! elles se regardaient comme chien de faïence alors que les plus jeunes enfants essayaient par tout les moyens de jouer ensemble. Lorsqu’il nous vit, le roi Noir dévisagea Camia avec dédain :
. Voilà les traîtres qui reviennent…
Camia qui peinait à retenir sa violence envoya, grâce à son flux électrique, valser ce grand menteur. Cet homme qu’elle le haïssait, il lui avait fait tant de mal. Les deux rois voulurent s’aider mutuellement sûrement en souvenir de leur seule union, celle qui les opposait à Camia qui était alors une jeune guerrière prometteuse et sans défense.
Rien ne put les protéger, ils moururent dans d’atroces souffrances, du moins je l’espère. Leurs sangs se répandaient sur le sol, se mélangeant pour la première et la dernière fois. La guerre était fini mais là n’était pas le plus important, en revanche la scène qui se déroula devant nos yeux l’était, importante.
La Reine Blanche et la Reine Noire, délivrées de leurs maris recouvrèrent leur véritable identité. La Reine Noire retrouva sa rousseur naturelle et son visage félin et doux tandis que la reine Blanche en faisait de même.
Identiques, elles étaient identiques. Pendant tout ce temps où elles avaient été contraintes de sourire à un peuple et à enfanter, personne ne s’était aperçu de leur tristesse et sous leurs parures et leur maquillage, leurs visages semblables.
Elles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre, émues jusqu’aux larmes d’avoir enfin retrouvées le bonheur, d’enfin pouvoir aimer légalement quelqu’un qu’il leur fallait détester.
La scène qui se passait alors seulement entre deux sœurs réunies évolua à leurs enfants, à tout ces cousins et cousines qui, sans le savoir, avaient devinés leur lien de parenté.
Les deux abominations qui leurs servaient de père ou de mari disparus, les sœurs se retrouvaient, se découvraient tantes et entremêlaient leur marmaille heureuse de jouer avec de nouveaux amis.
Nous les laissâmes en paix quelques minutes attendant ce que nous étions venues chercher. Alors, l’ancienne Reine de La Nuit nous tendit une clef et de sa voix redevenue se tintement doux et chaleureux elle nous dit :
. Cherchez le plus gros chêne de la forêt
Il n’en fallut pas plus à Camia pour qu’elle disparaisse en un courant d’air et pour que je la suive.
Nous nous retrouvâmes en plein cœur d’arbres plus grands et plus effrayants les uns que les autres. Nous n’eûmes pas besoin de chercher bien longtemps avant de trouver un énorme chêne au tronc sinueux et aux branches affaiblies. La clef s’enfonça d’elle-même dans le bois nous ouvrant une petite trappe, nous entreprîmes un long voyage vers les sous-sols.
Arrivées nous débouchâmes dans un étroit et tortueux couloir, seuls nos yeux faisaient office d’incandescence dans cette prison de l’ombre. Enfin, nous nous stoppâmes devant une petite porte prometteuse, Camia l’ouvrit tremblotante sous le coup de l’émotion. Elle grinça puis nous laissa découvrir une minuscule pièce très peu éclairée, sans fenêtre, ne comportant qu’un divan défoncé, une table croulant sous son propre poids et un réfrigérateur ouvert sur de multiples seringues en tout genre. La seule chose intéressante fut une petite ombre recroquevillée sur elle-même dans le coin le plus reculé de l’endroit. Une petite voix s’éleva alors :
. Je vous en supplie, laissez moi en paix ou tuez moi mais je n’en peux plus
Les larmes me montèrent aux yeux tant cette supplication était faiblarde et criante de vérité. Camia elle, ne retint pas ses larmes et les laissa dévaler ses joues trop longtemps restées sèches. Elle déclara tout de même sur un ton léger de plaisanterie :
. Ne renonces jamais sans mon consentement
Le petit être releva alors la tête et nous découvrîmes le visage anguleux d’un magnifique petit garçon d’à peine quatre années.
. Maman ?
La voix se noyant dans les larmes la concernée répondit :
. oui
Alors l’enfant se jeta dans les bras de sa mère, cette mère qui lui avait tant manquée, ces caresses qu’il attendait depuis si longtemps et cette voix douce qu’il rêvait de réentendre.
Leurs larmes s’entremêlaient dans une étreinte passionnelle qui guérissait toutes les blessures qu’on leurs avaient infligés.
Je sortis, laissant la mère et le fils ensembles. Je me remémorais avec émotion cette naissance, il était né de l’interdit Phaélian, d’un père du Royaume blanc et d’une mère du Royaume Noir. Je me souviens encore le soir où Camia est arrivée traînée par Céria, le visage inhumain. Il lui a fallut plusieurs années pour retrouver un semblant de gentillesse et de figure normale. La seule alliance des Blancs et des Noirs : celle pour les tuer, Camia à survécu grâce à son compagnon qui s’est sacrifié pour elle mais ils lui ont pris son enfant et l’ont enfermés dans cette pièce, le droguant pour ne pas qu’il grandisse, ne pas que ses pouvoirs se développent, en pratiquant de nombreux tests sur son corps frêle de quatre ans. Un rat de laboratoire, voilà ce que Phaélian avait été tout ce temps, je le comprenais, je savais quels dommages irréversibles avait connu son esprit.
Ils ressortirent alors de l’affreuse prison. Phaélian avait maintenant, grâce à la mort des deux Rois, atteints sa taille adulte, c’était un très beau jeune homme, plus grand que sa mère, aussi puissant que son père. Il leurs ressemblait chacun de moitié : les cheveux d’un noir d’encre et les yeux verts pénétrants de son père mais les pommettes délicates et les lèvres pulpeuses de sa mère. Sa mère étant métisse de divinité, il était quarteron et devait sûrement posséder un pouvoir et des aptitudes aux combats plus prononcées. Camia semblait faible dans ses bras protecteurs et je sus que plus jamais elle ne serait malheureuse. Son fils vigoureux la protégerait et comblerait la tendresse qui lui avait manquée. Je leur souris et nous partîmes rejoindre le champ de bataille afin d’y découvrir nos adversaires vaincus.
Camia
sam 23 mai 2009 19:04